Le triomphe des ténèbres : la saga du soleil noir (Eric Giocometti, Jacques Ravenne)

 


Eric Giacometti, Jacques Ravenne.  Le triomphe des ténèbres : la saga du soleil noir. JC Lattès 2018. 592 pages (BANQ G429s)


C'est le premier tome d'une saga consacré  par les deux auteurs ( journalistes et scénaristes) aux recherches ésotériques menées par un institut "scientifique" de l'organisation SS. Le but était de trouver, aux quatre coins du monde des objets sacrés pouvant annoncer et garantir la pérennité du Reich allemand. 

Comme sait si bien le faire Philip Kerr dans sa Trilogie berlinoise, les deux auteurs nous amènent derrière  le décor rencontrer des "vedettes " de l'époque comme Hess, Himmler ou Churchill. Nous y arrivons en suivant les interventions d'une demi-douzaine de personnages, provenant aussi bien de l'univers nazi que de ceux des services spéciaux britanniques ou de la résistance française, dans la recherche d'une ancienne représentation de la croix gammée "dotée " de pouvoirs magiques. Après  quelques pages au Tibet et chapitres au monastère Montserrat à la fin de la Guerre civile d'Espagne, le gros de l'action se passe dans le château de Montségur, lieu, en 1244, de la dernière résistance et du massacre des "hérétiques" cathares par les "croisés" catholiques. Il y aurait, dans le sous-sol du château, une espace secret où auraient pu se cacher certains assiégés et où pourrait se trouver l'objet recherché. 

Différentes actions se déroulent en saute-mouton d'un chapitre à l'autre sans qu'il soit trop difficile d'en suivre le fil. Les personnages fictifs responsables de l'action sont bien campés. Les moments forts sont narrés avec le talent qu'on peut attendre des métiers des auteurs.

Les portraits sont précis et imagés.

-Elle ressemblait à un vieux bébé joufflu à qui on aurait posé un tas de cheveux gris sur le crâne.

-Une fine silhouette se tenait dans l'encadrement. Heinrich Himmler venait  de faire son apparition. Les épaules étroites et les jambes grêles, il semblait servir de cintre à son uniforme.

Et, dans la bouche des personnages, des considérations de toutes natures dans un style bien frappé qui peut offrir des ressources langagières au lecteur.

-Le parfum d'une exécution n'est jamais le même.  Un corps criblé de balles a une odeur âcre, repoussante, mais qui ne dure pas. Les pendus, eux, sentent les excréments  dont ils se sont souillés. .

...

-La nature du pouvoir, au cours des siècles, avait changé mais pas eux. A chaque coup de balai de l'histoire, ils étaient toujours du côté du manche.

...

-Weistort referma le dossier. Le temps des escarmouches était terminé, celui du corps à corps commençait.

Et, au passage, un certain nombre de survols historiques qui résument en quelques phrases diverses réalités de l'époque… ou de toujours.

-Le service psy des services spéciaux britanniques :Opérations de désinformation et d'intoxication, montage de stations de radio fantôme,  profilage et identification des vices des chefs nazis, manipulation des diplomates... 

...

-Surtout à une époque où  la virilité s'affichait partout à grands coups de pas de l'oie dans les rues et de vociférations martiales dans les stades. 

...

-Vous savez que les chevaliers du roi Arthur n'ont jamais existé ? Que c'est une fiction inventée par un moine français? Il n'y a aucune preuve historique…

...

-Les cathares ont été une menace terrible pour l'Eglise catholique…. Parce que  les cathares se prétendaient plus proches de Dieu que les prêtres incultes et les évêques couverts d'or de l'époque.. Ils refusaient l'autorité  du clergé, de payer la dîme, d'assister à la messe, de se confesser, de communier… Pour eux, l'Eglise était un obstacle entre l'homme et Dieu. Un obstacle qui devait disparaître. 

(Il faut bien signaler que le roman ne porte pas sur l'histoire des cathares… mais se déroule dans un  lieu qui a marqué leur histoire.)

...

-Dans le grand livre d'histoire de la cruauté,  écrit avec le sang d'hommes, sous la dictée d'un dieu aveugle, il n'existe pas de chapitre final.

C'est un livre intéressant. Il faut  signaler la dizaine de pages qui, en appendice, donnent des précisions historiques sur les différents  éléments utilisés dans la fiction. Les auteurs n'y tombent pas dans l'information pédante qu'on trouve parfois en annexe de romans historiques… alors que certains auteurs semblent vouloir rentabiliser leur temps de recherche.

Petit bémol:les auteurs s'attardent parfois à décrire des événements qui ne font pas avancer l'action principale, comme la narration détaillée du vol de Hess s'écrasant en Angleterre dans le fol espoir de convaincre les Britanniques de signer une trêve pour permettre aux Allemands de concentrer toutes leurs énergies dans l'attaque de la Russie communiste. Les auteurs connaissent la géographie et la mécanique; c'est un plaisir de le constater, mais une diversion qui nous fait attendre la suite du drame principal.

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