L'Architecte du sultan (Elif Zhafak)
Elif Zhafak, L'Architecte du sultan, publié en anglais en 2014. Trad.fr. Flammarion, 2015. Édition J'ai lu 2017. 698 pages.
Istanbul dans la deuxième moitié du 16ieme siècle, au temps de Soliman le magnifique.
J'avais déjà lu plusieurs romans se déroulant dans ce cadre. Mais je suis resté enchanté tout le long des quelques 700 pages de ce roman.
C’est l’histoire du jeune Jehan qui débarque dans cette ville avec pour seul compagnon un magnifique éléphant blanc qu'il est chargé d'offrir au sultan. Il va y rencontrer des courtisans trompeurs et des faux amis, des gitans, des dompteurs d'animaux. Il va tomber sous le charme de la belle et espiègle Mihrima.
Mais, surtout, il va devenir l'apprenti de l’architecte royal, partager sers connaissances et ses combats contre les concurrents jaloux de l’intérêt que le sultan porte à ses projets.
Il y a, pour le lecteur, un séjour dans l’univers stambouliote avec un guide qui en connait tous les secrets.
-Certains secrets dont une ville entière était informée restaient des secrets.
-Facile à divertir, difficile à séduire, ce public avait peu changé depuis le temps de Constantin.
-…les boulangers en train de pétrir leur pâte, les femmes berçant des bébés agités, les voleurs chargés de butin, les ivrognes qui vidaient une dernière bouteille, ou les gens pieux sortis du lit pour une dernière bouteille.
Cette expertise l'amène parfois à abuser de notre curiosité… et de notre intérêt avec des listes dépassant la longueur utile à notre compréhension.
-Sous leurs étendards et hampes à queues de cheval, armés de lances, cimeterres, hachettes, arquebuses, haches d'arme, javelots, boucliers, arcs et flèches, des milliers d’êtres mortels allaient de l'avant.
Nous profitons, avec le héros du roman des réflexions et conseils de différents personnages rencontrés :
-Parfois, pour que l’âme s'épanouisse, le cœur a besoin d'être brisé.
-Tant que la mort harcelait les vivants on ne pouvait pas pleurer convenablement les morts.
-Pour Busbecq, il y avait deux bénédictions dans la vie : les livres et les amis. Qu'il fallait posséder en proportions inverses : des livres en grand nombre, mais seulement une poignée d'amis.
-Celui qui possède une bibliothèque a des milliers d'enseignants.
-Quand tu maîtrises une langue tu reçois la clef d'un château.
-Parce que vous allez vous comparer. Si tu penses être meilleur que les autres, tu seras empoisonné par l’orgueil. Si tu penses qu'un autre est meilleur, empoisonné par la jalousie. De toute façon, c'est du poison.
-Un corps peut-il être constipé en permanence ? Le monde a besoin de se vider les boyaux. Laissez-les s'amuser, mon vizir.
Deux blocs de pages m'ont surpris. Le premier est le séjour d’études de l'apprenti-architecte à Rome. On y aperçoit quelques éléments de la vie artistique… et politique de la cité des papes en pleine turbulence de la Renaissance. Éléments découverts par un visiteur ottoman.. qui ne semble pas plus étranger à ce monde que nous le sommes des siècles plus tard. On y croise même Michel-Ange imposant à son entourage les effets calamiteux du deuil vécu à la mort d'Urbino, son ami et disciple.
L'autre bloc encore plus surprenant, fait du héros l'observateur de la condamnation à mort d'un prédicateur soufi par les autorités musulmanes d’Istanbul dont il conteste l'interprétation du message prophétique. Il faudra que je vérifie les faits historiques. Mais cela ressemble étrangement au discours des Albigeois et à leur condamnation par le pape.
-Il ne se doutait guère, à l'époque, que la valeur de la foi ne dépende pas de sa force ni sa fermeté, mais du nombre d’occasions où on peut la perdre et se montrer capable de la retrouver.
Bref , passionnant voyage au cœur de l'Empire Ottoman dans « ses plus grandes heures » (au sens médiéval du terme).
Et comme le rappelle l'auteure, je termine comme Michel-Ange avait l'habitude de le faire:
« Altro non mi achade ». (Je ne vois rien d'autre à ajouter.)
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