Le monologue de Teresa (Alicia Dujovne Ortiz)
Alicia Dujovne Ortiz, Le monologue de Teresa, Grasset 2011Grasset 368 pages.
Teresa de Cepeda y Ahumada est née en 1515 à Avila en Castille. On la connaît mieux sous le nom de Thérèse d’Avila, une mystique qui a vécu sous les règnes de Charles-Quint et Philippe II. C’était la « grande » époque des voyages et de l’Inquisition. L’Europe découvrait le monde et l’Espagne, une identité religieuse exacerbée par la reconquête de son territoire.
Thérèse est un exemple de ce mysticisme conquérant qui a servi d’étendard à plusieurs générations d’Espagnols. L’auteure lui prête une parole qui s’inspire de ce que nous connaissons d’elle. Mais elle extrapole vers des pensées qui nous semblent un peu plus universelles que ce qu’ont retenu ses apologistes castillans.
Cela donne des phrases fort étonnantes :
- Il (Dieu) est tombé sur moi comme l’éclair et maintenant il s’éloigne sur la pointe des pieds.
...
- La pensée est un labyrinthe, et chacun de ses replis, un enseignement. A condition d’affiner son ouie pour pouvoir les entendre.
On y trouve aussi des portraits qui font de belles images :
- …excellente cuisinière aux larges hanches, qui ajoute des condiments de sa main ferme et assurée bien plantée devant ses marmites comme un timonier à la barre.
Ou des jugements dont on ne peut nier la portée, même contemporaine.
- un… demi-docte qui veut se donner des airs en inventant des mots difficiles et ronflants.
Un ouvrage un peu long. Mais qui n’aimerait pas passer un bon bout de temps en compagnie de cette Sainte et Grande Dame … quitte à rendre jaloux Saint Jean de la Croix !0
-...ce que j'ai dit de vive voix…. me servira de pierres à bâtir pour un livre futur… Je le murirai ma vie entière jusqu'à ce qu'il éclate de douceur, de rondeur; mais en leur parlant, je l'imagine, je l'invente, je l'anticipe, comme font les enfants quand ils lancent un mot inconnu sans bien savoir ce qu'il veut dire, seulement pour l'essayer.

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