L'énigme des Blancs-Manteaux (Jean-François Parot)





Jean-François Parot, L’énigme des Blancs-Manteaux, 10 18, 2000. 371 pages

 

L’auteur est historien de profession. Le livre se place dans la série « Grands Détectives » de 10 18. Le lecteur peut donc s’attendre à la narration d’une enquête dans un cadre historique.


Le tout se passe en 1761 sous le règne de Louis XV. Le jeune Nicolas Le Floch débarque dans la capitale, écarté de sa Bretagne par son tuteur. Il va devenir un collaborateur du lieutenant général de police et il sera chargé d’une enquête délicate impliquant plusieurs niveaux de corruption et de criminalité dans diverses couches sociales parisiennes.


Même si l’enquête est assez classique, avec une confrontation finale de tous les acteurs (encore vivants), l’auteur nous offre un séjour détaillé dans le Paris du XVIIIe siècle. De la Bastille au Châtelet, du bordel aux abattoirs, il nous fait rencontrer toutes sortes de personnages typiques de l’époque, remarquer des détails architecturaux et découvrir des spécificités culinaires (incluant quelques recettes détaillées).  


On partage les réflexions des principaux personnages:


-   Deux morceaux de silex frappés l’un contre l’autre produisent une étincelle. Laissons les hommes débattre, …, la vérité en jaillira peut-être.


On s’arrête quelques fois pour des descriptions qui donnent le temps au personnage principal de réfléchir à la suite de ses actions… ou, serait-ce pour montrer que la nature s’était mise au diapason de ses états d’âme… comme des illustrations de la synchronicité de Jung ?


- La Seine coulait aux pieds de Nicolas. La grève était envahie d’une couche inégale de neige et de boue gelées qui laissait entrevoir, par endroits, la vase liquide. Les eaux grises et tumultueuses défilaient si vite qu’elles ne permettaient pas à l’œil d’en suivre le débit. Des troncs d’arbres, arrachés en amont de la ville, surgissaient puis disparaissaient dans les remous de la crue. Un contre-courant remontait le rivage en mouvements violents qui recouvraient la plaque gelée comme un ressac. Fermant les yeux, Nicolas aurait pu se croire au bord de l’océan. Cette impression était renforcée par les cris aigus d’oiseaux de mer qui planaient ailes déployées contre le vent, guettant quelque charogne dérivant au fil du courant. Seules les odeurs, que dégageait la vase en dégel ameublie et ranimée par le flot, dissipaient l’illusion.


Mais la page qui m’a le plus marqué, c’est celle où un vieux soldat raconte sa vie. Voilà de quoi briser tout le romantisme illusoire entourant ces batailles qui ne servaient que les intérêts des princes et jetaient les peuples dans des horreurs incommensurables. Il n’y a pas de grands rois (ou empereurs) ; il n’y a que des peuples sacrifiés.   


-Il avait été tiré au sort, à vingt ans, pour la milice royale. C’était pas de chance, il aurait pu passer au travers. Il revoyait encore le départ de son village. Beaucoup de ses camarades pleuraient et criaient qu’on les menait périr. Les mères étaient là, qui se tordaient les mains. Il avait encore dans le nez l’odeur des uniformes puants qu’on disait, à voix basse, avoir été ceux des morts de la guerre précédente. Il sentait toujours le poids du havresac trop lourd qui tirait le dos en arrière et sciait les épaules. Un long chemin commençait dans la boue de l’hiver pour rejoindre le régiment ou la forteresse. Les galoches partaient en morceaux, le chausson s’effilochait et, à l’arrivée au bivouac, les pieds étaient en sang.  Certaines recrues ne résistaient pas, d’autres se mutilaient. Pour tous, il y avait le chagrin, la séparation d’avec leurs proches et le mal du pays qui tuaient l’espérance.


Un livre intéressant par ses descriptions d’un Paris du XVIIIe siècle à travers des personnages très colorés et, pour les principaux, intéressants à fréquenter.


Signalons que l’auteur se donne la peine de nous faire une liste des personnages avant d’entrer dans l’action et, en cours de route, de nous proposer quelques notes exposées en fin de texte.


Petit détail : Les Blancs-Manteaux, c’est le nom d’une résidence. Il sera souvent question de vêtements et de costumes dans cet ouvrage. Mais ce ne sont pas des « blancs-manteaux »

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