Blanche (Louise Bachellerie)
Louise Bachellerie, Blanche, Editions Delpierre, 2015. 499 pages
Alors qu'une exposition au Musée des Beaux-Arts de Montréal fait un tour d'horizon des commandes faites par Napoléon pour se donner une image d'empereur, j'ai plongé dans l'univers quotidien de ceux qui ont eu à subir les effets de sa "grandeur".
Nous avons traversé la Seine. Il régnait une puanteur qui venait des caniveaux et du lit du fleuve, les maisons et les monuments dont on fait si grand cas me parurent aussi délabrés que les maisons alentour. Même le palais des Tuileries, résidence de l'Empereur et de sa cour, était entouré d'un cloaque où nous pataugeâmes, crottant nos souliers et le bas de nos jupes. Non, ce n'était pas là ce que j'imaginais de la capitale de l'Empire !
Blanche est née à Naples d'une femme abandonnée, a été sauvée des intentions meurtrières de son père, a été amenée en France par une servante, puis hébergée dans une famille de petite noblesse provinciale au sein de laquelle elle a pu traverser horreurs de la révolution sans trop de mal.
Elle voudrait devenir médecin. Mais, femme, elle devra se contenter d'un poste d'infirmière dans les armées napoléoniennes. Nous suivons son apprentissage de la vie parisienne (hébergée dans un bordel), d'infirmière et de victime des mauvais choix (Espagne, Russie...) de celui qui était prêt à sacrifier des milliers de ses concitoyens pour s'approprier les couronnes des royaumes d'Europe
Napoléon n'a de cesse de conquérir l'Europe entière, mais il va finir par vider les campagnes françaises s'il leur ôte tous les jeunes gars !
L'auteure décrit avec beaucoup de réalisme les drames humaines vécus par son personnage, mais aussi par les hommes qui viennent en contact avec elle. Cela va d'un simple forgeron (qui deviendra son mari) à Joachim Murat (qui sera, pendant le temps du numéro du grand prestidigitateur corse, roi de Naples).
Ainsi, évoquant le sexe du "petit caporal", elles s'esclaffent en se rappelant sa taille: celle dont ne pourrait pas rougir... un enfant de huit ans ! De Murat, en revanche, elles gardent un souvenir ému : "C'est Monsieur-dix-minutes-tout compris... mais quelles minutes !" se souvient Féli, en se pâmant.
Les chapitres narratifs sont séparées par deux ou trois pages d'instructions de l'époque sur le corps humain, les bonnes pratiques (comme l'utilisation des condoms ou "redingotes anglaises"), le traitement des maladies comme la gonorrhée ou des plaies d'armes, transmises à la jeune femme par un professeur engagé par sa protectrice ou par des médecins rencontrés sur les champs de bataille. A moins de travailler dans le domaine de la santé ou de s'intéresser à l'histoire de la médecine, ces pages finissent par provoquer des saute-mouton de lecture.
Mais le tout est excitant, soutenant l'intérêt par les choix de Blanche et l'arrivée d'événements qui sont poussés par l'Histoire sans y perdre leur originalité.

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